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Une gestion collective pour faire renaître les livres épuisés et orphelins

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On le pressentait depuis la signature, le 1er février 2011, d’un accord-cadre relatif à la numérisation et l’exploitation des livres indisponibles du XXe siècle, on songeait à un projet de loi émanant du gouvernement, c’est une proposition de loi visant à organiser une gestion collective obligatoire vient d’être enregistrée par la présidence du Sénat le 21 octobre 2011.

Que dit l’introduction à cette proposition de loi ?

Elle confirme que les droits permettant de numériser les œuvres et de les communiquer en ligne au public n’ont été généralement accordés par contrat aux éditeurs que depuis 2001[1].

Comment alors numériser et mettre à la disposition du public, en toute sécurité juridique, les 500 000 livres du XXe siècle pour les lesquels ni les éditeurs qui les avaient publiés ni les bibliothèques qui les conservent ne disposent des droits nécessaires ?

Puisqu’il appartiendrait aux éditeurs de retrouver tous les ayants droit des œuvres de leur catalogue, l’« adaptation de centaines de milliers de contrats anciens à la réalité digitale constituerait, pour eux, un travail difficile, disproportionné et peu rationnel du point de vue économique ». Puisqu’il s’agit de localiser non seulement les auteurs en vie, mais aussi après leur décès, tous leurs héritiers, on le reconnaît volontiers. Lire la suite

Bientôt un texte européen pour encadrer l’usage des œuvres orphelines (suite)

La question des œuvres orphelines vous laisse de marbre ? Peut-être serez-vous intéressé, en revanche, par les étapes menant à l’adoption d’un texte européen, puis à sa transposition dans le droit français. Voici un nouveau zoom sur la directive européenne sur certains usages autorisés des œuvres orphelines, étape qui est bien loin d’être la dernière.

Dès 2012, une directive européenne pourrait encadrer juridiquement la numérisation[1] des œuvres orphelines, soit des œuvres encore protégées par le droit d’auteur mais dont on n’arrive pas à retrouver les ayants droit pour négocier les droits nécessaires à cette opération.

La procédure  d’adoption

La proposition de directive présenté par la Commission européenne le 24 mai 2011 a été amendée depuis par le Secrétariat général du Conseil (des ministres des pays) de l’Union européenne et, de son côté, avec quelques différences encore aujourd’hui, par la commission juridique du Parlement européen. Lire la suite

Œuvres épuisées, œuvres orphelines. Que d’intérêt(s) ! Que d’accords !

Un sujet inépuisable

Au niveau européen, trois textes importants concernant les œuvres indisponibles dans le commerce[1] et les œuvres orphelines, indisponibles elles aussi, mais dont les titulaires de droits ne peuvent pas être retrouvés, ont paru en 2011 : une recommandation du Comité des sages en janvier, une proposition de directive sur les œuvres orphelines en mai, et un protocole d’accord sur les œuvres indisponibles très récemment, fin septembre.

Quelle articulation pour ces trois textes, peut-on alors se demander[2].


Le protocole d’accord sur les œuvres indisponibles signé par des représentants des éditeurs, des auteurs, des sociétés de gestion collective et des bibliothèques

Pensé pour la numérisation de masse des œuvres, cet accord, qui ne couvre que les livres et les revues scientifiques[3], préconise des licences collectives à négocier sur des bases volontaires auprès des titulaires de droits. Mais, pour plus de flexibilité, il prévoit de mandater les sociétés de gestion collective lorsque tous les ayants droit ne sont pas présents. Ces licences couvriraient donc aussi l’usage des œuvres orphelines. Lire la suite

Un large accès aux livres épuisés appartenant aux collections des bibliothèques

Bib2001. Subito. ADDNB

Texte rédigé le 19 juin 2011, qu’il paraissait utile de diffuser en ce moment où un autre protocole d’accord, rédigé au niveau européen, venait d’être communiqué au public.

Un large accès aux livres épuisés appartenant aux collections des bibliothèques, c’est un objectif auquel ne répond que partiellement l’accord-cadre signé le 1er février 2011 par le ministère de la Culture, le Syndicat national de l’édition (SNE), la société des gens de lettres (SGDL) et la Bibliothèque nationale de France (BnF) puisque celui-ci vise surtout à faire revivre commercialement, en les présentant sous une forme numérique, les livres du XXe siècle encore protégés par le droit d’auteur mais qui ne sont plus commercialisés en librairie.

Inspiré par l’idée de la longue traîne, l’accord néglige, en effet, le rôle joué par les usages non commerciaux porteurs, eux aussi, d’avantages économiques et sociaux. Contrairement à ce qui est (trop) souvent souligné, il n’a jamais été démontré qu’il y a une cannibalisation des usages commerciaux par les usages non commerciaux, et ceux qui fréquentent les bibliothèques, grands lecteurs, sont bien souvent aussi de gros acheteurs de livres ou d’autres produits culturels. Faire renaître ces livres qui ont déjà connu une vie commerciale présente ainsi un intérêt certain, y compris à des fins non commerciales, et il convient de se pencher sur les conditions de la mise à disposition de ces œuvres dans les bibliothèques.

En dehors des questions liées aux définitions, voici quelques compléments au communiqué très détaillé diffusé par l’IABD le 16 février 2011 que m’inspire aujourd’hui cet accord. Lire la suite

Sur le front des oeuvres orphelines. Hathi Trust en ligne de mire

L’université du Michigan avait attiré l’attention, en juin 2011 [1], lorsqu’elle avait signalé qu’elle allait rendre disponibles des œuvres orphelines dans le cadre du projet Hathi Trust.  Dès le mois d’août 2011, cette initiative avait été suivie par plusieurs autres bibliothèques universitaires américaines [2].

Le 12 septembre 2011, une plainte était déposée contre l’université du Michigan, ainsi qu’à quatre autres des universités membres du projet Hathi Trust, par des sociétés d’auteurs des États-Unis, australienne, du Québec, et huit auteurs, lorsqu’on a trouvé que l’œuvre d’un auteur facilement identifiable faisait partie des œuvres prétendument orphelines [3], et que les œuvres d’auteurs connus (dont celles des huit auteurs plaignants) étaient numérisées dans le cadre de ce programme.

Le contexte

Hathi Trust, projet initié par des bibliothèques, vise à conserver des œuvres appartenant à leur collection, que la numérisation permet de préserver. Après les œuvres tombées dans le domaine public, on a voulu élargir la mise à disposition aux œuvres orphelines pour en permettre la consultation et l’étude (text-mining par exemple). Lire la suite

Les oeuvres orphelines au coeur du débat

Après le Sénat le 6 juillet 2011, le Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA)[1] donnera prochainement son avis sur les dispositions proposées récemment au niveau européen. A cet égard, après mes remarques faites le 23 mai 2011, au moment de la publication de la proposition de directive européenne, voici, avant la première réunion du CSPLA le 19 juillet 2011, d’autres observations à propos de cette directive autorisant certaines utilisations des œuvres orphelines. Parmi les difficultés notées :

  • une directive limitée à l’écrit publié, ce qui exclut, pour les bibliothèques, tout autre type d’œuvres et toute autre œuvre non commercialisée ;
  • une directive qui exclut de son champ toute œuvre à auteurs multiples dont un auteur a pu être identifié et localisé ;
  • l’inapplicabilité  de la recherche diligente aux opérations de numérisation de masse ;
  • la nécessité de définir les missions d’intérêt général, notamment lorsqu’elles visent à assurer« l’accès à ces œuvres à des fins culturelles et éducatives ».

A propos des œuvres concernées

  • Les types d’œuvres

La directive ne couvrant que l’écrit publié[2] (et les illustrations qui y sont intégrées) (art.1) lorsqu’il appartient aux fonds des bibliothèques, établissements d’enseignement, musées et archives accessibles au public, on ne peut que regretter l’absence « d’approche globale »[3]. Quel traitement réserver, en effet :
-          aux autres œuvres, soit aux œuvres visuelles indépendantes, et aux phonogrammes[4] dont le traitement n’est envisagé qu’ultérieurement, pire qu’éventuellement, comme l’indique la clause de réexamen de l’article 11 ?
-          aux vidéogrammes[5] appartenant également aux fonds des établissements
-          aux œuvres non publiées[6], nombreuses dans certains fonds de ces établissements souvent spécialisés ? L’usage des vidéogrammes et des  phonogrammes orphelins étant autorisés pour d’autres organisations que les établissements que l’on vient de mentionner,  une distinction selon le type d’organisations  faite par la directive est pour le moins étrange, voire contreproductive pour la préservation du patrimoine. Lire la suite

Les oeuvres orphelines, une question toujours brûlante

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Mise à jour : La Commission européenne a finalement diffusé officiellement le 24 mai 2011 une proposition de directive sur les oeuvres orphelines dont certaines dispositions ont été  modifiées par rapport à la version qui m’avait été remise la semaine précédente. Consulter les documents sur le site de la Commission européenne.

Puisque la soft law, notamment la Recommandation de 2006 n’avait pas eu d’impact[1], en tout cas pas eu « le résultat désiré », la Commission européenne a décidé de régler la question par une directive qui s’impose aux Etats membres. Trouver une solution pour donner une nouvelle vie aux œuvres orphelines en bénéficiant d’une sécurité juridique est un projet de très longue date. Plusieurs versions d’un projet de directive avaient déjà circulé et j’ai été amenée à les commenter. Bien que la version actuelle, encore officieuse, soit susceptible d’être modifiée avant d’entamer le processus inter-institutionnel, ne serait-ce que parce j’ai écrit récemment sur cette question[2], voici quelques remarques à chaud.

Une exception au droit d’auteur accordée à certains établissements pour certains usages relevant de leur mission de service public, leur « évitant de porter le poids »  de droits à acquitter pour obtenir une licence d’utilisation, mais le souci de maintenir une exigence de recherche diligente, tel est le choix qui a été fait.

Sans surprise : la définition de l’œuvre orpheline. Il s’agit toujours d’une œuvre dont l’ayant droit de l’œuvre n’a pu être retrouvé (qu’il soit identifié ou non) après une recherche diligente, autrement dit une recherche sérieuse et avérée. Sans surprise non plus, l’article précisant l’obligation de se référer, pour effectuer cette recherche, à des sources d’information adaptées à chaque catégorie d’œuvres. Tout aussi naturel, l’engagement à enregistrer le résultat de la recherche diligente qu aura été menée dans une base de données publique, permettant ainsi aux ayants droit de se manifester. Lire la suite

Produits documentaires au défi du droit (2)

tr. ¿ʞuıן ƃuıʞuı ɹo ʞuı ƃuıʞuıן? . . (YSE#21). Jef Safi. CC 2.0 by-nc-nd. Flickr

Pour donner suite à un premier récapitulatif diffusé en avril 2011, voici une nouvelle anthologie de réponses données à sept questions posées récemment.

Elles portent sur le lien, le prêt de DVD donnés à une collectivité, la numérisation de diapositives, la valorisation d’une conférence organisée il y a trente ans, les photos d’enfants prises lors d’animations culturelles, le droit d’auteur des agents publics et la reproduction d’une œuvre « tombée » dans le domaine public.

Comme dans le billet précédent, les questions ont été anonymisées et quelque peu modifiées et les réponses apportées, qui entendent uniquement rappeler quelques principes, ne sont pas en mesure de se substituer à un conseil juridique.

1° QUESTION : FAIRE UN LIEN

Je lis en plusieurs endroits qu’un lien doit permettre l’ouverture de la page liée dans une autre fenêtre. Est-ce que l’onglet d’un navigateur est assimilable à une fenêtre ?  D’autre part, lorsqu’on veut pointer un document PDF, est-il préférable de faire un lien vers le document PDF lui-même (qui s’affiche avec son url en haut comme une page web), ou bien vers la page web présentant ce document et y donnant accès ?

Selon moi, en dehors de rares cas où le droit de la concurrence (parasitisme, confusion), et où le droit moral des auteurs est mis en cause ou, bien évidemment, lorsque des liens sont établis vers des sites illicites, un lien vers une page accessible au public (où aucun mot de passe, login … n’est requis) devrait être autorisé. Lire la suite

Bibliothèques numériques et droit en quelques diapositives

Des rappels très succincts sur le cadre juridique et sur les règles du droit d’auteur. Toutes aussi brièvement exposées, quelques règles en matière de contrat d’édition, une présentation des licences Creative Commons (choisies à titre d’exemple), et des oeuvres épuisées, orphelines, ou encore la réutilisation des données publiques, soit quelques questions (parmi d’autres) posées par les bibliothèques numériques.

Oui à la gestion collective pour la « zone grise », mais ….

ASSEMBLEE NATIONALE

Commission des affaires européennes et Commission des affaires culturelles et de l’éducation – Table ronde du 26 janvier 2011
Thème 3 : La politique de numérisation française et européenne

Intervention faite au nom de l’IABD… [3 minutes]

Note : la zone grise correspond  une production éditoriale qui a cessé de vivre commercialement mais qui reste protégée juridiquement ; une partie de ces œuvres sont dites orphelines lorsque l’on ne parvient pas à identifier ou à localiser l’ayant droit pour négocier les droits nécessaires pour les exploiter (utiliser).

Que la mise en valeur de la zone dite « grise » pose des questions juridiques, nous en sommes tous conscients. Des préconisations faites au niveau national et au niveau européen pour régler cette question[1], on note que l’on s’oriente vers une gestion collective pour numériser et communiquer au public les œuvres orphelines, ainsi que les œuvres épuisées[2] les plus anciennes.

Disposer ainsi d’un guichet unique est effectivement une solution séduisante[3]. Mais La gestion collective appelle quelques remarques :

-          Des coûts de transaction raisonnables

Coûts de transaction raisonnables, c’est l’expression utilisée par le Comité des sages dans son rapport. Raisonnables doivent être ainsi les efforts exigés pour retrouver les ayants droits[4], les barèmes des licences qui tiendront compte de la nature de l’œuvre, de son ancienneté ou encore des efforts réalisés pour sa mise en valeur, ou pourquoi pas aussi, des conditions de la réutilisation par le public. Lire la suite