Archive for modèle économique

Le Comité des sages rend son rapport : vers un dégel œuvres orphelines en Europe ?

La numérisation des fonds est un défi pour le droit d’auteur et un enjeu de poids. La question de œuvres épuisées, dont un grand nombre sont orphelines, est loin d’être anodine. C’est ce que soulignait notamment une conférence organisée en mai 2010 sur cette question.

En avril 2010, la Commission européenne avait nommé un Comité des sages chargé de faire des recommandations pour favoriser la numérisation [et la mise à disposition] du patrimoine culturel européen. Le 10 janvier 2011 celui-ci lui remettait son rapport annonçant une deuxième  Renaissance.

Sachant que la Commission européenne aurait dû présenter le 23 novembre 2010 un projet de directive relative aux œuvres orphelines et que l’action législative était suspendue en France dans l’attente de la publication de ce projet, c’est le chapitre des œuvres orphelines qui a retenu tout d’abord mon attention.

Huit étapes pour définir un instrument juridique européen et, plus inattendu, une Convention de Berne à « rafraîchir »

  • Un test en huit étapes  pour la Commission européenne

On connaissait déjà le test en trois étapes exigé par la Convention de Berne pour qu’une exception au droit d’auteur soit valide. Dans son rapport, c’est un test en huit étapes que préconise le comité des sages pour définir l’instrument juridique qui règlera au niveau européen la question des œuvres orphelines, ces œuvres encore protégées par le droit d’auteur dont on n’arrive pas à retrouver les ayants droit pour négocier les droits nécessaires à leur numérisation et à leur communication  au public. Lire la suite

Réflexions sur l’avenir du livre

A propos de l’ouvrage « Impressions numériques » écrit par  Jean Sarzana et Alain Pierrot.

Découvrir les auteurs et télécharger l’ouvrage sur le site Publie-Net

Le livre numérique, rupture ou simple évolution ? Est-ce encore un livre ? Pourquoi les éditeurs ont été lents à prendre le pas du numérique ? Google agitateur et symbole du rôle joué par les nouveaux entrants ? Ce que représente la lecture sur écran ? voici quelques thèmes abordés dans cet ouvrage[1] captivant et d’une grande densité. Et même si l’on connaît confusément la plupart des informations qui y sont données, celles-ci sont présentées sous un angle singulier, avec une grande érudition et une qualité d’écriture tout à fait délicieuse.

Google,  le révélateur

Que Google dont  « le centre est partout et la circonférence nulle part » réponde à la définition de l’infini par Pascal, ou que cette entreprise commerciale soit « quelque chose entre Henry Ford mâtiné de Baden Powell », ou encore que « l’inventeur de l’hameçon universel », « maître du laser subocéanique ne connaisse pas grand-chose aux formes de la vie des grandes profondeurs », voilà quelques présentations, parmi bien d’autres, qui m’ont réjouies. Lire la suite

YouTube et l’INA ou la vidéo et le redoutable écheveau des droits

Le 14 décembre 2010, YouTube, filiale de Google, était condamnée dans le procès qui l’opposait à l’Institut national de l’audiovisuel (INA).

Cette décision permet de compléter, sans le terminer pour autant, le tableau de la négociation qu’il convient d’entreprendre avec les ayants droit avant de diffuser des vidéos sur des plates-formes d’hébergement.

A propos du procès fait par l’INA

A la grande satisfaction de YouTube, le tribunal de grande instance (TGI) de Créteil lui a reconnu le statut d’hébergeur. Mais, selon  l’article 6-I-2 de la loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN), en tant qu’hébergeur de contenus, « sa responsabilité civile est engagée s’il a effectivement connaissance de leur caractère  manifestement illicite (…) (1) ou si dès le moment où il en a eu cette connaissance, il n’a pas agi promptement pour retirer ces données ou en rendre l’accès impossible ».

Or l’INA qui avait signalé, à la fin de l’année 2006, que près de 3 000 vidéos lui appartenant était diffusées sur cette plate-forme de vidéos, reprochait aussi à YouTube de « n’avoir pas mis en place un dispositif empêchant leur remise en ligne ». Read more

De courts extraits accompagnés de liens : quels droits pour une revue de presse ?

Le lien est sous les feux de l’actualité, comme je l’avais indiqué hier dans un billet présentant une décision de justice britannique du 26 novembre 2010, dans le cadre d’un procès fait par une société de gestion collective à un fournisseur de service payant d’agrégation de liens.

En France aussi, le lien faisait l’objet de toutes les attentions, dans  le cadre d’un procès qui opposait dijOnscOpe, un journal de presse en ligne, au Bien Public et aux Journaux de Saône-et-Loire. Dans cette affaire, différente de la situation examinée en Grande-Bretagne, le 7 décembre 2010, le  tribunal de grande instance (TGI) de Nancy, considérant qu’ « en proposant des liens vers les sites de ces journaux, dijOnscOpe ne s’adonn[ait] à aucune contrefaçon ni concurrence déloyale leur portant préjudice » a donné raison à dijOnscOpe.

A cet égard, je n’ai pas manqué de noter que les articles des plaignants figuraient sur le  site de dijOnscOpe  sous la forme d’une liste  de références suivie des premiers mots de l’article ou d’un résumé, une prestation qui correspond à certains « panoramas de presse » (1) proposés par les professionnels de l’information-documentation.

Les points clés de cette décision Read more

Des droits d’auteur pour un service d’agrégation de liens ?

Autour du  lien, point clé de l’Internet, et d’une actualité riche sur la question

Dans la très grande majorité des cas (1), demander une autorisation pour faire un lien paraît déjà incongru (2). Mais faire payer les agrégateurs de liens, lorsque le service est commercial, est une question qui pourrait aussi se poser prochainement.

Un tribunal britannique vient, en effet, de donner raison à la Newspaper Licensing Agency (NLA), une société de gestion collective représentant plusieurs éditeurs de presse dont deux licences couvrent de tels services lorsqu’ils sont proposés à titre payant [2]. Par ailleurs, les  éditeurs de presse français semblent songer très sérieusement à une solution de ce type [5] [6].

Si l’on parle bien de  liens vers des articles librement accessibles sur Internet, qui permettent d’augmenter la visibilité du site de presse ciblé, le débat, qui porte principalement sur le droit d’auteur a trait, dans les faits, au modèle économique des producteurs de contenus, ébranlé par le numérique.

Read more

Quel dialogue Nord/Sud sur la propriété intellectuelle?

Compte rendu de l’intervention faite par  Michel Vivant le 4 novembre 2010 dans le cadre d’un cycle de conférences organisé par la cité des sciences sur le thème  d’ « ACTA, HADOPI : la propriété intellectuelle à l’âge d’internet ».

Un basculement a eu lieu il y a une quinzaine d’années, note  Michel Vivant, lorsque les pays occidentaux (soit le Nord géopolitique) ont pris conscience du poids économique de la propriété intellectuelle, ce qui s’est traduit par une refondation des règles, de nouveaux usages mais aussi de nouveaux questionnements, ces derniers laissant ainsi augurer, me semble-t-il, de nouvelles règles. La période actuelle pourrait bien représenter une nouvelle période charnière.

Telle était la teneur de l’intervention de Michel Vivant que l’on peut écouter sur la page Universciences de Facebook.

Replacer la question Read more

Des notices et des droits

shindohd. CC BY NC SA. Sur FlickrJournée des utilisateurs des produits et services bibliographiques- Bibliothèque nationale de France : 22 septembre 2010

Intervention lors de la table ronde sur la tarification et les conditions d’utilisation des données bibliographiques

Présentation sur slideshare

Au-delà des formats et d’autres aspects techniques, qui seront abordés lors de la journée, il y a aussi des modèles d’affaires et des droits.

Pour introduire la question du droit appliqué aux notices bibliographiques, cette remarque, vue sur la rubrique Developers/Licencing du site Open library, prête sans doute à sourire (Diapo 2).

“When it comes to community projects, the legal issues are, frankly, very confusing”.

Mais on percevra très vite le caractère déroutant de la question si l’on indique que pour utiliser des notices bibliographiques, on doit garder en mémoire les dispositions du droit d’auteur, celles du droit des bases de données, celles du droit de réutilisation des informations publiques et, de toute façon, tenir compte des dispositions contractuelles, ou conditions générales d’utilisation, définies par chaque producteur d’un catalogue (Diapo3). Read more

Polémique googuélienne autour de la généalogie française

Les faits

L’entreprise commerciale Notrefamille.com est à l’origine du site genealogie.com qui entend regrouper l’ensemble des données des registres paroissiaux et de l’état-civil, ainsi que d’autres données figurant dans des documents appartenant aux fonds des archives départementales.

Après avoir rechigné pendant plusieurs mois à mettre ces données à la disposition d’entreprises privées, plusieurs services d’archives départementales proposent aujourd’hui des licences d’utilisation couvrant également les usages commerciaux, et d’autres départements leur emboîteraient très rapidement le pas. Mais plusieurs points donnent encore lieu à des débats (note 1). Read more

J’aime, donc je finance

Paru sur le site de l’ADBS, le 15 juillet 2010

Financer la création par le don : une voie de plus en plus sérieuse

Le paradigme de la création dans le monde numérique est indéniablement différent, la chose est acquise. En revanche, il n’y a aucun véritable consensus aujourd’hui sur le mode de financement à adopter et les débats sur cette question sont légions.

L’inévitable perte de contrôle de la publication sur les réseaux a donné l’idée à certains de « déplacer le centre de gravité du financement » [2] et de dissocier celui-ci du droit d’auteur, ce qui évite de multiplier les systèmes répressifs (souvent inutiles et coûteux) liés au contrôle, par les ayants droit, de la copie et d’autres modes d’exploitation des œuvres. Read more

L’agenda numérique européen des dix prochaines années. Le poids des enjeux économiques sur le droit d’auteur, la protection de la vie privée et la neutralité du net

A paraître sur dans la rubrique « Des brèves sur l’actualité » sur le site de l’ADBS

Que l’on veuille tirer parti des technologies du numérique pour accompagner le vieillissement de la population et les défis climatiques, on ne peut que souscrire à un tel projet ! Mais puisque de l’inévitable comparaison avec les standards nord-américains[1], il ressort que la productivité européenne n’est pas à la hauteur des investissements consacrés à la R&D, que, par ailleurs, 30% de la population européenne n’utilise pas encore l’internet et que 80% des lignes sont trop lentes pour certaines applications, la Commission européenne, a défini sept domaines d’action [2] qui doivent lui permettre de rejoindre les chiffres des États-Unis.

Il aurait été léger, de notre part, de ne pas examiner les objectifs visés par la Commission européenne en matière d’Internet et de technologies du numérique à l’horizon 2020 [5] [6], dévoilés le 19 mai 2010, ne serait-ce que parce qu’ils touchent étroitement diverses questions liées au droit d’auteur et au filtrage du Net [2] [4], deux aspects au centre de nos préoccupations.

Négligeant de ce fait d’aborder aujourd’hui les mesures qui visent à stimuler les investissements dans le haut débit et les réseaux, la recherche de pointe et l’innovation, à améliorer la compétence des citoyens dans le domaine numérique (ce qui attirera inévitablement l’attention des « travailleurs du savoir » que nous sommes[3]) et à créer des outils dans le domaine de l’énergie, au service des personnes âgées ou handicapées et des patients, … nous n’examinerons que la mesure 1.1, qui vise à ouvrir l’accès aux contenus numériques, la mesure 3 qui vise à améliorer la confiance et la sécurité, et la mesure 4.3 relative à la neutralité de l’internet. Read more